Fuego s’inspire des nombreux reportages sur le réchauffement de la planète et sur ses effets dévastateurs, mais se veut aussi une réflexion sur le traitement qui est fait par les médias de ce phénomène qui prend de l’ampleur. Chaque année, nous sommes saturés d’images de catastrophes naturelles où le feu est souvent l'acteur principal. Ces images m’ont amenée à me questionner sur la relation paradoxale que nous entretenons avec le feu. Seul élément essentiel que l'être humain puisse produire, le feu est pour certains une manifestation de la divinité, alors que pour d’autres, il continue d’évoquer les flammes de l'enfer. Ainsi, le feu est un bel exemple de dualité : certaines civilisations l'ont élevé au rang de symbole sacré de la purification, de l'inspiration, du renouveau. D’une part, on le convoite et le maîtrise pour sa chaleur, sa lumière, sa beauté, son mystère, et d’autre part, on le craint pour ses incendies ravageurs qui réduisent nos forêts et nos foyers en cendres et on tremble d’impuissance face aux forces destructrices des volcans et de la foudre. Habitée par ces pensées, j'ai donc entamé mon projet sur le thème du feu et réalisé une série de tableaux présentée aux murs. Toutefois, la présence d’éléments visuels tirés de l’actualité, mais trafiqués et déconstruits, crée chez le visiteur l’impression qu’une partie de l’information lui échappe. Comme chez le téléspectateur qui, en cette ère des communications, devient insensible au feu roulant d’horreurs qui défilent sur son téléviseur. Semblables à de petits écrans cathodiques, des fragments d’images numérisées se succèdent, en pièces détachées, reliant les tableaux entre eux, un peu comme des étincelles de feu. Sur certains tableaux, des empreintes de mains d’enfants nous imposent un temps d’arrêt, un temps pour réfléchir et réagir au sort inévitablement réservé à ces héritiers des générations d’insouciance et d’indifférence qui les ont précédés... Patricia Pigeon Octobre 2007 |